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20 août 2008
«Mapuche: Les nouveaux damnés de la terre»
Article Original: 19 juillet 2008.
Pueblo mapuche: los nuevos condenados de la tierra.

Extraits d’un article de Lucía Sepúlveda Ruiz.

Sous Michèle Bachelet plus de 55 cas de prison politique et traitements cruels ou inhumains.

Source: http://www.periodismosanador.blogspot.com/

La commission éthique contre la torture, organisme chilien intégré par des personnalités avec une importante trajectoire contre la dictature et par des organisations chrétiennes et de droits de l’homme, est en attente d’une réponse du gouvernement suite à son rapport remis à la présidente de la république sur la torture au chili durant sa période présidentielle. Depuis l’année 2002 où elle a été fondée, cette organisation a remis chaque 29 juin, journée internationale d’appui aux victimes de la torture, un document au président de la république décrivant la situation du pays sur ce thème. (…) Dans les semaines qui ont suivi l’élaboration du document, la situation s’aggrave pour ce qui concerne le thème mapuche. La demande du ministère public qui a demandé l‘annulation du jugement qui a innocenté Hector Llaitul et Roberto Painemil, a été acceptée par la cour d’appellation de Temuco. Accusés d’être les auteurs de l’incendie d’une machine forestière ils avaient passé plus d’un an et demi en prison. (Finalement ils ont été innocentés de nouveau en seconde instance au mois de juillet 2008 NDT). D’autre part Roberto Vivanco, dirigeant pehuenche du Bio Bio demande l’asile politique en argentine, après s’être maintenue en clandestinité pour échapper à une condamnation à 5 ans de prison pour des plaintes déposées dans le cadre des récupérations de terres. C’est le second cas de demande d’asile politique, le premier est celui de Pascual Pichun Collonao, un cas qui a été repris dans le rapport de la commission éthique et qui fait état des différentes formes de criminalisation des communautés mapuches qui ont initié un processus de récupération de leurs terres ancestrales. Le rapport présenté à la présidente Bachelet et aux organisations internationales de droits de l’homme dénonce l’impunité face aux cas de violence inutile avec résultat de mort, comme l’assassinat de deux jeunes mapuches, tous les deux de 23 ans. Le 3 janvier 2008 l’étudiant Mathias Catrileo Quezada a été abattu d’une balle dans le dos alors qu’il participait à une récupération de terres sur le fundo Santa Margarita de Vilcun. La famille de Mathias, au travers d’une lettre écrite par sa mère, a présenté directement le cas dans le rapport. L’enquête sur la mort de Mathias est entre les mains du fiscal militaire et le gendarme inculpé est en liberté provisoire, aucune autre personne mêlée aux faits n’a été inculpée. Dans la région de Santiago, où vivent des milliers de familles mapuches, Johnny Cariqueo Yáñez, jeune amateur de rap, a reçue une terrible raclée avant d’être détenu ,le 29 mars 2008 à Pudahuel. Il a été transféré au premier commissariat dans un état lamentable. Il est mort d’un infarctus le 31 mars, quelques heures après sa libération, ce cas n’a pas été l’objet d’une enquête judiciaire.

L’informe fait apparaître plus de 55 cas d’hommes et femmes mapuches qui vivent, ou ont vécu, la prison politique. En mai de cette année il reste toujours 23 prisonniers politiques mapuche (voir liste jointe). Entre 2007 et 2008 quatre prisonniers ont été libérés pour avoir accompli leur peine, il y a quatre cas de peines avec sursis et sont transformées en liberté conditionnelle. Se sont appliquées 24 assignations à résidence. Les condamnés doivent par exemple se présenter tous les jours au commissariat, se déplaçant pour ce faire de leurs communautés d’origine à la ville où se trouve le commissariat, perdant ainsi beaucoup des maigres ressources économiques dont ils disposent et le temps consacré aux travaux des champs. Il n’y a pas de statistiques officielles mais on estime que le nombre de mapuches qui vivent cette situation est bien supérieur

Les appels de relaxe

Hector Llaitul Carrillanca dirigeant de la CAM des communautés en conflit a été innocenté des charges d’incendie de machines de la compagnie forestière Mininco sur le fundo las praderas à cholchol en décembre 2006 et port illégal d’armes durant un jugement réalisé à Temuco en juin 2008. Roberto Painemil a été accusé durant le même procès de port d’armes et a été innocenté de l’accusation d’incendie. Ils avaient été condamnés bien avant par les medias. Le retournement judiciaire a été possible parce que la défense a été assumée par le juge Guzman et organisée par les avocats du parti humaniste, Juan Guzman a déclaré que le ministère public ne pouvait pas gagner sa tentative d’appel parce qu’il aurait du prouver la culpabilité des inculpés durant leur année et demie de détention et non suite au jugement et en demandant la présentation de nouvelles preuves. Le jugement oral est prolongé durant une semaine à Temuco, avec les déclarations contradictoires d’un témoin sans visage et de carabiniers contre Painemil et de solides témoignages présentés par la défense qui ont attesté formellement avoir été en compagnie de Llaitul au moment des faits. Le tribunal a écouté en silence la terrible déclaration de torture faite par Painemil et traduite du mapudugun par des interprètes fournis par la CONADI. Il a parlé de sa terreur provoquée par la torture et les menaces contre sa famille qui l’ont forcé à impliquer Llaitul dans les faits, le syndrome de torture est devenu évident quand l’inculpé a raconté les faits vécus dans le commissariat de Cholchol. A de nombreuses reprises Painemil a du se reprendre et surmonter son émotion et la douleur produite pour reconstruire et faire le récit de sa douloureuse expérience. Quand Llaitul est sorti de prison il s’est dirigé vers son épouse, ses enfants et ses amis et avec eux, est allé sur la tombe de Mathias Catrileo, « il a été mon frère, l’ami qui m’a accompagné durant mes journées en prison, je suis venu lui rendre hommage».

Extraits interview d’Hector Llaitul à sa sortie de prison:

A quoi attribuez vous votre liberté ?« La relaxe a été un triomphe qui m’a surpris. Se sont conjuguées diverses choses. C’est une défense qui a été organisée à partir de nous et où nous avons été respectés tout comme notre cause. La défense du ministère public est impliquée dans les intérêts de l’état et du gouvernement. Elle fait partie du quadrillage du pouvoir. Ce ne sont pas seulement les compagnies forestières qui agissent ici, c’est aussi le gouvernement et ses institutions. Pourtant j’ai pu constater qu’il y a des gens dans la société chilienne qui respectent notre posture. Nous devons armer une défense plus indépendante, comme celle dont nous avons bénéficié. Avant nous n’avions pas les moyens de les arrêter, mais maintenant nous avons gagné du terrain sur les montages grotesques que le gouvernement a mis en place avec beaucoup d’erreurs et d’illégalités».

Comment voyez vous votre future activité ?« Je ne cesserai pas d’être ce que je suis ni d’avoir les idées que j’ai et pour lesquelles je suis persécuté. Je maintiens ma posture politique et mon engagement. Il y a des gens qui pensent que dans la CAM il n’y a que des têtes brûlées, que c’est une organisation et un projet très idéologique, mais jamais ce ne fut ainsi. Nous sommes l’expression de beaucoup plus que ça. Et aujourd’hui il est visible qu’il y a un peuple et c’est cela que je représente, et cela est convaincant pour les gens»

Vous demanderez une indemnisation à la compagnie forestière ou à l’état pour l’année et demie que vous avez passé en prison ?« Non, je peux gagner mais ça ne m’intéresse pas. Je vais travailler comme toujours et aussi profiter de ma famille et de mes enfants. J’ai eu un appui inconditionnel de ma compagne et c’est tres important. J’ai aussi eu l’appui de la presse indépendante ce qui compte beaucoup.»

La perquisition à Tres Cerros

En apprenant le résultat de la relaxe la famille de Roberto Painemil qui effectue en liberté une peine légère imposée durant un jugement oral a exprimé sa joie pour la sentence. Don Alfredo Painemil, son père pense que la présence de Guzman et des avocats a été une véritable bénédiction des dieux. Il considère que le défenseur public n’a rien fait pour son fils et il a regretté n’avoir pas dénoncé au tribunal que suite à la perquisition de son domicile, son épouse qui était seule a été obligée par les carabiniers a déclarer formellement qu’elle n’avait reçu aucun mauvais traitement. Et d’ajouter que l’avocat commis d’office lui avait recommandé de s’abstenir de dénoncer le vol d’objets et d’argent par les carabiniers, selon lui parce qu’il n’avait pas de facture prouvant la présence de 170 000 pesos à son domicile. Sergio Painemil, frère de l’inculpé a dénoncé les menaces permanentes qu’ils vivent, avec tirs à vue sur les chemins toutes les nuits qui interdisent la sortie de la maison à cause de la peur. La mère quant à elle s’est souvenue du jour de la perquisition, ils me disaient vieille menteuse ils m’ont maltraité, ce fut très dur. Ils cherchaient des armes mais chez moi il n’y en a pas, ce qu’ils ont montré à la télévision c’est des mensonges. Je suis restée traumatisée à cause de la violence, mais mon petit fils qui marche à peine « me disait ne soit pas triste je te protégerai quand je serai grand ».

Les mesures de protection

Des 24 cas de membres de communautés qui doivent respecter des mesures de protection après avoir passé de nombreux mois en prison, douze appartiennent à la communauté de Temucuicui. Un d’entre est son porte parole Jorge Huenchullan qui est régulièrement détenu et inculpé pour différentes affaires. Les autres victimes sont des jeunes de la zone du Lleu Lleu et des alentours de Conception qui se sont mobilisés au début de 2008 pour appuyer la grève de la faim que Patricia Troncoso a mené pendant plus de 100 jours pour demander la liberté des prisonniers politiques mapuches et la fin de la militarisation des communautés en conflit.

Prison préventive

L’application de condamnations à la prison préventive pour des mois et des années est une mesure qu’appliquent les juges et qui est considérée par les mapuches comme une tentative de neutralisation de leurs dirigeants. Ceci a été dénoncé dans et en dehors du pays. En 2006 au milieu de la pression croissante des organismes internationaux de droits de l’homme, un jugement oral a innocenté José Cariqueo Saravia et Juan Antonio Colihuinca Ancaluan, et en 2008 Jorge Huenchullan qui appartient à la communauté de Temucuicui, qui est de façon permanente en état de siège, a lui aussi été déclaré innocent des faits qui lui furent reprochés. Parmi les relaxes il faut aussi citer Mercedes Paillalef qui a subit des mesures de protection durant un an mais qui au moment du jugement n’a pas été accusée. Mireya Figueroa pour sa part doit vivre en clandestinité depuis 2004 pour le cas Poluco Pidenco.

Sentences 2008
Condamnés avec des peines de liberté conditionnelle

Roberto Painemil Parra (Tres Cerros, en Yeupeko, commune de Vilcun), Carolina Cadin Calfunao et Roknelia Neculman Calfunao (Communauté Juan Paillalef, commune de Cunco) lesquelles accomplissent des peines de 2 ans et un jour, Luis Amable Catrimil Huenupi (communauté Tricauco, commune d’ Ercilla), sentence pour incendie simple dans le cas Poluco Pidenco accomplit une peine de 4 ans et un jour Ernesto Arturo Lincopán Villagrán (communauté Newen Kiñe Mapu) assignation à résidence et interdiction de sorties du territoire national pour un an. Le rapport signale de plus qu’en 2007 ont effectué des peines de prison de 5 ans et un jour Pascual Pichun Paillalao et son fils Rafael Pichun Collonao tout comme les membres de communautés José Nain Curamil et Waikilaf Cadin Calfunao libéré suite à 500 jours de prison dans la prison de haute sécurité et le paiement des coûts du jugement.

Grèves de la faim

Durant le mandat de Michèle Bachelet ont été déclenchées deux grèves de la faim de prisonniers politiques dénonçant la loi antiterroriste qui les a condamné. La grève la plus longue, celle de Patricia Troncoso a permis de rompre l’isolement médiatique qui dissimule la situation de répression que vivent les communautés en conflit, et a permis à plusieurs prisonniers d’accéder à leurs droits.

Recours juridiques

Le rapport signale aussi que dix cas de recours juridiques ont été présentés pour perquisitions avec violence inutile dans les communautés de Temucuicui, Yeupeco, Cacique José Guiñón, pour tortures et détention arbitraire : Waikilaf Cadin prison de Temuco puis prison de haute sécurité de Santiago, pour violences et brutalités sur mineurs dans les communes de Collipulli et Coronel. Ont été incorporées des déclarations publiques pour tortures et traitements dégradants ou inhumains sur Luisa Calfunao. La communauté de Temucuicui registre pour sa part, 10 perquisitions massives durant les deux dernières années.

Les organisations des communautés en conflit caractérisent comme montages politiques les opérations avec armes de guerre comme ce fut le cas lors de la détention d’ Iván Llanquileo en septembre 2007 et réalisées par les forces de police en civil et d’investigations. Depuis ce jour Iván Llanquileo est maintenu en prison préventive. Le montage contre la documentaliste Elena Varela directrice de Newen mapu constitue la plus récente démonstration de cette méthode qui a été nommée par le ministère de l’intérieur opération patience. Son objectif est de frapper et neutraliser tant les organisations mapuches et communautés qui font des expériences de récupération productive de terres usurpées comme les simples sympathisants de la lutte mapuche.


Les quatre prisonnières politiques Mapuche (mai 2008):

*Patricia Troncoso Robles (cas Poluco Pidenco), Condamnée à dix ans et un jour dans le centre d’éducation et de travail de Angol

*Juana Calfunao Paillalef (communauté Juan Paillalef, secteur Curaco, commune de Cunco), quatre ans dans le centre pénitentiaire de femmes de Temuco

* Luisa Calfunao Paillalef (communauté Juan Paillalef) condamnée à trois ans. .

* Elena Marisol Varela López, En prison préventive depuis mai 2008. La commission éthique a inclus ce cas parce qu’il s’agit d’une documentaliste sympathisante de la cause mapuche qui filmait la lutte des communautés en conflit et interviewaient les dirigeants. Elle a été filée pendant trois ans alors qu’elle travaillait sur le territoire mapuche. Accusée par des témoins anonymes elle a été détenue à la prison de haute sécurité de Rancagua (libérée la semaine dernière suite à une forte campagne internationale NDT).

Les 19 Prisonniers Politiques Mapuches (mai 2008)

*Florencio Jaime Marileo Saravia (communauté mapuche Cacique José Guiñón, commune d’Ercilla) pour le cas Poluco Pidenco (10 ans et un jour). Prison d’Angol, Région de la Araucanie.

*Héctor Llaitul Carrillanca, dirigente de la Coordinadora Arauco Malleco, Permaneció en prisión un año y cuatro meses sin ser llevado ante el tribunal por la acusación de incendio, en la cárcel de Angol. Absuelto en junio, liberado. Un pedido de anulación del juicio mantiene su caso en suspenso.

*José Benicio Huenchunao Mariñan (communauté El Malo, commune de Tirúa, Région du Bio Bio), pour le cas Poluco Pidenco (10 ans et un jour). Cárcel de Angol.

*Juan Bautista Millalen Milla (communauté Catrio Ñancul). Emprisonné depuis 2007 CET de Angol.

*Juan Patricio Marileo Saravia (communauté San Ramón, commune de Ercilla), cas Poluco Pidenco, 10 et un jour. Centre de Education et travail (CET) de Angol.

*Juan Carlos Huenulao Lienmil (communauté Manuel Catrimil, secteur Tricauco, commune de Ercilla) Cas Poluco Pidenco, dix ans et un jour. Prison de Victoria.

*José Belisario Llanquileo Antileo (communauté Juana Millahual, commune de Contulmo), cas Poluco Pidenco, 5 ans et un jour pour incendie simple. Prison de Traiguén.

*Roberto Carlos Painemil Parra (Tres Cerros, Yeupeko, commune de Vilcun) a effectué la prison préventive dans la prison de Lautaro. En liberté conditionnelle avec remise de peine et possible nullité du procès puisqu’il a été innocenté du délit d’incendie. Dans la prison de temuco sont incarcérés les six membres de la communauté Newen Mapuche en prison préventive depuis mai 2008 :

*José Millacheo Ñanco

*Luis Millacheo Ñanco.

*José Millacheo Marín.

*José Millacheo Lican

*Leonardo Likan Ñanco

*Andrés Likan Ñanco,

*Antonio Onofre Cadin Huentelao (communauté Juan Paillalef), condamné à 5 ans et un jour.

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* Iván Llanquileo (communauté Juana Millahual), en prison préventive depuis septembre 2007 (avec une période de liberté conditionnelle révoquée par la cour d’appellation). Prison El Manzano de Concepción.

* Luis Meñaco Santi (communauté Pascual Coña) prison de Arauco, Région del Bio bio, en prison préventive depuis 2008.

* Juan Mariñan Fernández (communauté du secteur Huentelolén, commune de Cañete) en prison préventive depuis novembre 2007 prison de Lebu, Région du Bio bio,

*Pedro Lepicheo Machacán (communauté Juan Ignacio Catrileo, commune de Cañete) en prison préventive depuis novembre 2007.

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