Mapuche-hommes de la terre
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9 juin 2008
Témoignage sous la torture
source José Vargas et Elías Paillán
Observatorio de Derechos de Pueblos Indígenas

source du video: http://www.caravanaporlavida2008.blogspot.com/

Hier s’est achevée une nouvelle journée du jugement oral contre Hector Llaitul et Roberto Painemil. Ce dernier qui témoignait dans sa langue maternelle, le mapudugun, et avec l’aide de deux traducteurs a déclaré avoir été torturé physiquement et psychologiquement le jour de sa détention.

Les témoins, membres de la famille de Painemil dans leur grande majorité ont déclaré avoir été victimes de répression et persécutions durant tout le temps de l’enquête. Perquisitions des maisons, détentions de véhicules, destructions de fenêtres des logements et violences sont quelques unes des conséquences de la recherche d’armes à feu menée par un grand nombre de fonctionnaires de police. La famille accuse, de plus les forces de police de vol d’argent, d’un ordinateur et de documents personnels.

Le premier témoin Karina González, qui travaillait alors à l’observatoire des droits des peuples indigènes a déclaré «la famille de Painemil est venue à l’observatoire pour demander une aide légale, mais n’a pas déposé plainte car elle craignait pour sa sécurité » elle a de plus déclaré qu’elle avait visité deux fois Roberto Painemil en prison et qu’il lui avait raconté comment il avait été traité avec une extrême violence par des personnes vêtues en civil, "huit personnes l’ont battu, il a été enfermé dans les cabinets et il lui ont dit que si il ne déclarait pas, sa famille en paierait les conséquences».

Roberto Painemil est ensuite passé à la barre et il a expliqué en mapudugun et avec l’aide de deux traducteurs, qu’il avait réalisé une livraison le jour des faits, “ un voisin es venu me demander que je l’accompagne jusqu’à Chol Chol, pour aller chercher une machi, je lui ai demandé dix milles pesos pour l'essence et nous sommes partis à Temuco. Sur le chemin des personnes qui transportaient de la bière faisaient du stop et nous ont demandé de les prendre, qu’ils allaient à une fête à la sortie de Temuco. En arrivant à Temuco nous avons fait de l’essence et nous sommes repartis pour Chol Chol, nous avons roulé un bon moment puis les personnes qui m’accompagnaient ont demandé un arrêt pour aller aux toilettes, mais ils se sont absentés longtemps. Et tout à coup, des gens cagoulés sont arrivés, ont entouré la camionnette sont montés dedans et m’ont obligé à avancer».

"Ensuite ils sont tous descendus, sauf le copilote, un moment après est arrivé un grand groupe de personnes armées, ils sont entouré la camionnette, ils m’ont demandé ce que je faisais, je leur ai expliqué l’objet de mon voyage, ils ne m’ont pas cru et m’ont accusé de perpétuer un vol. Ils ont commencé à fouiller la camionnette et ont dit qu’il y avait des armes, mais jamais je n’utilise d’armes».

Un peu plus tard et durant son témoignage Painemil a déclaré qu’au moment de sa détention «un carabinier m’a mis en joue, ensuite ils m’ont menotté puis je suis entré dans un cachot » et les policiers m’ont dit « tu es grillé, maintenant tu va voir ce qui t’arrive» «le matin suivant, ils ont commencé à m’interroger et dans la cellule ils m’ont frappé, puis ils m’ont fait sortir et m’ont enlevé mes chaussures et m’ont obligé à marcher sur un sol très pierreux. Ensuite ils m’ont enfermé dans les toilettes et un carabinier m’a frappé. Ensuite ils m’ont fait ressortir et m’ont ramené au cachot, là ils m’ont fait m’agenouiller en me disant "si tu dénonces deux ou trois personnes on te laissera libre, et sinon, tu iras pourrir dans une prison et ta famille passera un mauvais moment”.

Painemil a précisé que la police lui avait dit d’accuser un certain Negro, et qu’il faisait tout ce qu’on lui disait, tellement il avait peur. Dans son récit il raconte être entré dans une salle où un carabinier et le juge d’instruction Moya lui ont dit « on nous a dit que tu ne collaborais pas avec la justice », et le juge Moya « qu’ils avaient trouvé des armes dans ma maison, ils me disaient de signer tout en me montrant des photos, j’avais tellement peur que j’ai du signer », et un carabinier me répétait tout le temps “ tu n’as aucun droit”. Roberto a témoigné le 18 février mais sa déclaration a été effacée.

Le père de Roberto a, quant à lui, déclaré à l’audience qu’il avait été victime d’un vol de 380 000 pesos durant les perquisitions de sa propriété et que les carabiniers se sont présentés chez lui armés. « Le 26 décembre les carabiniers sont arrivés en disant que mon fils était prisonnier à Chol Chol pour port illégal d’armes. Je declare avec toute la fermeté possible et jure que mon fils est innocent des charges qui lui sont imputées”.

Le père de Roberto a aussi raconté ce qui lui est arrivé à Nueva Impérial lors de l’audience réalisée au moment de sa détention," quand je suis retourné à la maison elle avait été perquisitionnée deux fois par une cinquantaine de carabiniers qui ont tout retourné ils ont tout détruit sans rien trouver et ils ont dit que ma femme cachait des armes”.

Le reste de la famille a aussi témoigné indiquant divers vols d’espèces et de reçus d’espèces, ils disent avoir été l’objet de filatures, et l’ordinateur qui leur a été dérobé leur a été rendu en très mauvais état.

Enfin l’avocat défenseur a précisé que l’accusé avait été obligé à declarer et ensuite obligé à dire que ces déclarations avaient été faites sans aucune pression, quand il a pu contredire ces déclarations durant le jugement oral, les premières déclarations avaient disparu, il a ajouté "je n’ai aucun doute sur l’innocence de Roberto", en terminant sa plaidoirie.

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