Mapuche-hommes de la terre
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juin 2007.

Bachelet en Suisse

LETTRE OUVERTE A LA PRESIDENTE MICHELLE BACHELET

Genève 3 juin 2007

Madame,

Michelle Bachelet Présidente de la République du Chili.

Nous, membres d’organisations sociales sud-américaines et européennes conscients des graves problèmes de violation des droits de l’homme qui se produisent au Chili et de la répression systématique de l’état chilien contre le peuple mapuche, voulons exprimer ce qui suit:

Votre visite en Suisse durant laquelle vous prétendez démonter et promouvoir les avances de l’Etat chilien en matière de droits de l’homme nous provoque des réactions de préoccupation, déception et indignation concernant votre gestion et parce que se perpétue un régime instauré par la dictature militaire.

La répression et la persécution politique contre toutes les organisations sociales qui s’opposent au modèle néolibéral sont des pratiques quotidiennes utilisées par la police chilienne et les appareils de sécurité de l’état, lesquels utilisent des méthodes et des technologies sophistiquées dont le prix élevé est paradoxalement payé par les impôts d’un gouvernement qui réprime et poursuit.

Jeunes, habitants des poblaciones, syndicalistes, organisations politiques et plus particulièrement le peuple mapuche au travers de ses revendications sont systématiquement poursuivit avec l’intention de détruire depuis la racine le mouvement social qui s’oppose au saccage économique et des ressources naturelles perpétué par les transnationales ou les groupes économiques étrangers.

Durant votre gestion la répression, les affrontements et la persécution politique contre les communautés mapuches, ses membres et ses dirigeants s’est intensifié avec l’objectif de désarticuler et diviser le mouvement qui lutte pour la récupération de ses terres ancestrales et pour exercer le droit à l’autonomie et libre détermination, droit amplement reconnu à l’intérieur des traités et accords internationaux que l’état chilien a signé et ratifié. L’application de la loi antiterroriste, le racisme endémique enraciné au plus profond de ceux qui exercent le pouvoir au chili, l’impunité avec laquelle agisse les forces de police qui torturent les prisonniers, maltraitent les anciens, les personnes handicapées, tout comme les enfants, tirent sur les populations mapuches désarmées et y compris commettent des assassinats, comme ce fut le cas des crimes de Mansalva avec la mort d’Alex Lemun Saavedra et du chef de communautés Juan Collihuin, font partie de la réalité quotidienne que vit le peuple mapuche. Ces deux derniers assassinats sont tombés dans l’oubli à cause de l’impunité de la justice chilienne. Attaques et encerclements de communautés, usage de tanks, hélicoptères d’artillerie et y compris de la marine de guerre, sont utilisés pour réprimer la lutte mapuche.

Actuellement votre gouvernement a mis en place un control policier sur le territoire mapuche au travers du personnel des carabiniers de Malleco et d’organismes d’intelligence provenant de la capital sur les communes d’Ercilla, Collipulli, dans la province de Malleco et dans les secteurs de Contulmo et du Lleu Lleu, zones sur lesquelles ont été identifiés divers foyers de conflits latents entre communautés et entreprises forestières.

L’intensification de la persécution politique durant l’année dernière et les tentatives pour réduire la lutte de résistance mapuche, comme dans le cas de la Coordinadora de comunidades en conflictos Auraco Malleco, les communautés de Temucuicui, Juan Paillalef, Temulemu, Pascual Cona, pour n’en mentionner que quelques unes, a ajouté à la liste déjà longue de prisonniers politiques trois nouveaux dirigeants mapuches José Llanquileo Antileo, José Huenchunao Mariñan et  Héctor Llaitul qui ont été incarcérés et condamnés pour application de la loi antiterroriste ou d’autres dispositions légales de l’état. En plus des dirigeants mentionnés sont aussi détenus comme prisonniers ou prisonnières politiques dans les prisons chiliennes les dirigeants et autorités mapuches suivants : Jaime Marileo Saravia,Patricia Troncoso Robles, Pedro Queipul, Rafael Pichún Collonao, Juan Carlos Huenulao, Patricio Marileo Saravia, Waikilaf Cadin Calfunao, Antonio Cadin, José Landero, Ernesto Lincopan, Juana Calfunao et Luisa Calfunao.

Les faits que nous pourrions mentionner et justifiant nos affirmations sont innombrables, mais vous le savez et vous n’avez rien fait pour que cette situation cesse, au contraire, vous avez augmenté la dette historique de l’état chilien envers le peuple mapuche et tous les peuples originaires du territoire chilien. Les promesses électorales non seulement se sont limitées à de simples promesses, si non qu’elles se sont transformées en de nouvelles tromperies auxquelles est habitué le peuple mapuche pour ce qui concerne les différents gouvernements de l’alliance dénommée « concertation des partis pour la démocratie ».Où en est-on de la ratification de l’article 169 de l’OIT, de l’exécution des recommandations du rapporteur des nations unies, de l’application des recommandations réalisées par le Comité du Pacte International des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, et de l’application des demandes d’un nombre considérable d’instances nationales et internationales?

Pendant que votre gouvernement essaye d’être reconnu comme emblématique en matière de défense des droits de l’homme, la communauté internationale condamna les violations des libertés civiles politiques et le droit à la libre détermination des peuples originaires, et nous ne faisons pas ici, uniquement référence aux organisations sociales, ni aux forces progressistes qui en d’innombrables occasions ont manifesté face aux ambassades sur l’ensemble de la planète, qui se sont rassemblés pour signer, qui ont manifesté, qui se sont montrés solidaires y continuent de l’être en appuyant la juste lutte pour l’autonomie et les droits du peuple nation mapuche.

Nous faisons référence aux institutions de l’organisation des Nations Unies, comme le comité de droits de l’homme qui en mars de cette année a émis de dures critiques pour l’absence d’application du pacte des droits civiles et politiques, à des organisations de droits de l’homme qui comme Amnistie Internationale la semaine dernière a questionné sévèrement le chili dans son rapport annuel 2006, aux rapports de la Ligue des Fédérations internationales des droits de l’homme qui ont déclaré que le chili représente un cas inquiétant en Amérique latine en ce qui concerne la violation des droits de l’homme, et sans citer Human Rigths Watch ou  la Organización Mundial Contra la Tortura (OMCT) ou la Corte Interamericana de Derechos Humanos (CIDH), qui s’interrogent sérieusement sur la réalité des violations de droits de l’homme au chili et plus particulièrement pour tout ce qui est en relation avec le peuple mapuche.

Nous pourrions approfondir beaucoup plus sur ce thème et aller jusqu’à l’origine des faits, mais nous nous contenterons de conclure que l’action de l’état chilien s’alimente de son renforcement d’un modèle économique néo libéral de saccage sauvage qui n’a rien à voir avec le socialisme dont se revendique votre parti. C’est le résultat d’un engagement et d’une complicité  avec le pouvoir des transnationales que vous avez assumé tout au long de l’histoire, tout comme vous l’avez fait avec les puissances étrangères et avec plus d’ampleur encore, avec la vente de la propriété collective du pays et de territoires qui ne vous appartiennent pas, au détriment de votre peuple, de vos enfants, de notre futur, de nos ressources naturelles, éléments fondamentaux de la vie des chiliens et des peuples originaires. Cela signifie également , que vous avez bradé la dignité du parti que votre gouvernement représente, et auquel a appartenu notre très estimé président Salvador Allende, fervent militant contre les principes, valeurs et le système économique sur lesquels vous basez votre gouvernement.

Face à cette situation et conscients du caractère du système que vous représentez, nous ne vous demandons, ni sollicitons, ni exigeons … rien. Nous sommes surs que la lutte populaire, le mouvement autonome mapuche et la conscience sociale qui grandissent chaque jour un peu plus au sein du peuple chilien, seront les forces qui arriveront à produire les changements de structures actuelles et du pouvoir en place. Nous somme convaincus et certains qu’un autre monde et un autre chili sont possibles et nécessaires.

Nous l’informons que nous continuerons à travailler pour la liberté de tous les prisonniers politiques mapuches, pour déroger la loi antiterroriste, pour l’annulation de l’actuelle constitution totalitaire, héritage de la dictature, pour une assemblée constituante qui permettra un libre débat et où nous pourrons discuter du type de société que tous les chiliens et les peuples originaires veulent construire pour leurs enfants et pour la fin de l’impunité des crimes contre la dictature. Nous continuerons jusqu’à obtenir un système politique, social et économique dans lequel les femmes et les hommes, les peuples chiliens et originaires pourront coexister sur un territoire libre d’oppression, dans le respect mutuel, avec d’égales conditions et vivant en harmonie avec l’environnement en respectant les ressources naturelles. Nous continuerons à travailler jusqu’à ce que le peuple mapuche obtienne son autonomie et sa libre détermination et que l’état chilien assume sa dette historique avec les peuples originaires.

LIBERTE POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES MAPUCHES

Ont signé cette lettre ouverte à la Présidente du Chili, Michelle Bachelet, les organisations suivantes:

1. Defensoría Internacional de los Derechos de los Pueblos (DIDEPU), Jaime
Valdés, Secretario General, Ginebra, Suiza.
2. Asociación Tierra y Libertad para Arauco, Néstor Vega Salazar,
Presidente; Daniel Pinos, Secretario; Lise Bouzide, Tesorera, Paris, Francia.
3. Asociación Pueblo", Tatiana Zúñiga Matamala, Presidenta, Francia.
4. Asociación Intifrance"  Toulouse, Francia.
5. Comité de Trabajadores Chilenos Exiliados, Urbano Burgos, Presidente, Italia.
6. Asociación Madre Tierra, Ginebra, Suiza.
7. Association Suisse Cuba, Ginebra, Suiza.
8. Asociación HAIPAZCOMUN, Ginebra, Suiza.
9. Enlazando Alternativas, Ginebra, Suiza.
10. Asociación ¿Dónde Están? Ginebra, Suiza
11. Asociación ¡Liberes les Cinq!, Ginebra, Suiza.
12. Cea-CISA, Ginebra, Suiza.
13. Espacio Afroamericano, Ginebra, Suiza
14. Comisión de Apoyo a los Pueblos Originarios de Chile, de la Asociación
de Chilenos Residentes en Ginebra
15. Action Populaire Contre la Mondialisation, (APCM), Ginebra, Suiza.
16. Comité Bolivarien de Suisse, Suiza.
17. Mapuche Stichting / FOLIL, Rafael Railaf, Países Bajos.
18. Organización Mapuche Meli Wixan Mapu, Chile.

Ont adhérées les personnes suivantes:
1. Patricio Ortiz, Refugiado Político Chileno en Suiza,
2. Jéssica Moraga Caro, enfermera, chilena residente en Suiza.
3. Juan Moraga F., jubilado, chileno residente en Suiza
4. Silvia Caro C., jubilada, chilena residente en Suiza.

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